Le jisui, j’y reste pas (mais la rechute guette toujours)

Avec l’article de Virginie Clayssen « tout sur le jisui »,  je suis heureux d’apprendre que je ne suis pas atteint de scannerochronophagie aggravée susceptible de faire de moi un cas clinique intéressant, mais adepte d’un grand mouvement international et précurseur. Cela dit, je me soigne…

L’idée à la base était simple : scanner, avec un bon vieux Canon Lide 200 secondé d’Omnipage 17, pendant que je fais autre chose (« regarder » le foot ou écouter un texte audio, par exemple). Puis nettoyer le fichier .opd des éléments inutiles, corriger l’OCR puis copier sur Word en corrigeant encore les coquilles, à l’occasion d’une première lecture effectuée avec l’œil affûté de (l’ex-)wikipedien. Cette première, quoique longue, devait être indolore puisque l’espace cerveau laissé disponible à une activité secondaire ludique ou intellectuellement plus enrichissante que les gestes répétitifs des pages tournées ou fortement tenues à plat dans le scanner, compensait bien la première.

Ainsi, dès la deuxième lecture1, je pouvais profiter de tous les avantages du numérique (recherche en plein texte, navigation rapide entre les notes et le texte, navigation via l’explorateur de documents, possibilité de transporter un outil de travail pratique sans me rompre le dos, etc.).

Voilà pour la théorie. Mais en pratique, que c’est long ! Si long que parfois la deuxième lecture vous dégoûte déjà… et que le deuxième aphorisme des Syllogismes de l’amertume de Cioran révèle toute son acuité, devient presque palpable2

Il m’était arrivé avec un groupe de personnes que je ne connaissais que virtuellement — magie de l’Internet qui rassemble les hommes fait pour travailler conjointement sans qu’ils aient besoin d’être voisins ni de s’entasser dans Paris pour le devenir — de relire trois chapitres d’un livre, que nous avions, à cinq, réussi à republier entièrement en format Word et .pdf pour notre usage personnel ; l’entreprise devenait ainsi réalisable. Bien plus que de se lancer seul, comme il m’est arrivé de le faire pour quelques ouvrages dont je savais qu’ils me serviraient de nombreuses fois, mais que je n’ai pas réussi à terminer entièrement… Je me dis bien que page après page, je les finirai, et suis d’autant plus motivé que l’un des deux est une traduction désormais introuvable en papier et qui mériterait de se voir adjoindre un vrai appareil critique. Soit une opportunité de publication future, d’autant plus que l’éditeur ne semble plus exister. Un collectif à relancer pour m’aider à terminer ? Et pourquoi pas ? (Et zut, une rechute !)

Et vous, êtes-vous adepte du jisui ?

  1. Il s’agit de scanner des textes sur lesquels je travaille, et qui sont susceptibles d’être lus, relus, appris par cœur, comparés avec la langue originale, pesés, triturés, interprétés, mis en relation, et non des textes lus pour se divertir []
  2. Pour tous ceux qui n’auraient pas eu la bonne idée d’apprendre par cœur cette œuvre, le voici : « Tant de pages, tant de livres qui furent nos sources d’émotion, et que nous relisons pour y étudier la qualité des adverbes ou la propriété des adjectifs ! » (Atrophie du Verbe). En jisui il n’est pas question de propriété de quoi que ce soit mais de présence d’accents, de ponctuation, de cédilles manquantes, “rn” devenus des “m”, etc. ad nauseam. []
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